[Chronique] « Il faut dire que les temps ont changé… » de Daniel Cohen

Nombre de tomes : /
Genre : Essai, Sociologie
Edition : Albin Michel
Date de sortie :  3 septembre 2018
Edition : paperback
Pages :  235 pages
Ma Note : ★★★★
Où le trouver : Cliquer ICI

Nous sommes en train de comprendre ce qui s’est passé depuis cinquante ans.  
L’hystérie du monde du travail, la grande protestation des peuples, l’enfermement des nouvelles générations dans une espèce de présent perpétuel, sont les conséquences de l’effondrement d’une civilisation: celle de la société industrielle.  
L’une après l’autre, les utopies de gauche et de droite se sont fracassées sur une réalité qu’il est désormais possible de désigner par son nom : la société digitale. Elle nous transforme en une série d’informations qu’un logiciel peut traiter à partir de n’importe quel point du globe.  
Une immense frayeur traverse la société. Le travail à la chaine d’hier a-t-il laissé la place à la dictature des algorithmes? Les réseaux sociaux sont-ils le moyen d’un nouveau formatage des esprits? Par un formidable retour en arrière, les questions de l’ancien monde sont en train de resurgir au cœur du nouveau. Les temps changent, mais vont-ils dans la bonne direction?  
Ce livre iconoclaste permet de comprendre le désarroi dont le populisme est l’expression. Il décrypte d’une façon lumineuse des événements dont le sens nous échappe parfois, tout en ayant l’ambition de veiller à la défense des valeurs humanistes au nom desquelles le nouveau monde a, aussi, été créé.

C’est un livre hyper passionnant, cependant prenez garde à avoir du temps de cerveau disponible (aka prévoyez un moment calme) pour bien saisir ce dont va parler le livre. Les réflexions sont très intéressantes et nous font réfléchir, sur notre société.

Celui ci oppose non pas les riches et les pauvres, mais certains riches à certains pauvres. Toujours selon l’enquête CEVIPOF, les électeurs de Mélenchon sont plus pauvres que ceux de Fillon, mais ils partagent, en moyenne, le même niveau d’éducation. Ils sont frustrés par une inégalité sociale qu’ils considèrent comme injuste et veulent corriger. Les électeurs de Le Pen sont à l’image de ceux de Trump : les « White without college education». Ils ont perdu toute confiance dans les valeurs méritocratiques de la société.

Leur scepticisme atteint des niveaux tels qu’ils ne croient plus que l’État puisse leur venir en aide. Ils sont très peu intéressés par les mesures de redistribution fiscale, alors que leur niveau de revenu ferait pourtant d’eux les principaux bénéficiaires. Leur revendication paradoxale est d’obtenir une « protection sans redistribution». Ce qui explique leur demande d’ériger des « murs » contre le reste du monde.

J’ai été particulièrement intéressé par les passages politiques, puisque quand j’ai lu le livre nous étions en pleine élection à la présidentielle de 2022. Et j’ai donc pu faire les parallèles assez facilement entre les candidats, puisque finalement c’est presque toujours les mêmes tête que l’on voit se présenter à l’élection année après année. Notamment cette année avec Le Pen et Zeymour, dont le dernier fait passer Marine Le Pen pour un agneau (une hérésie si on nous l’avait dit à l’élection d’avant). J’ai relevé un passage intéressant puisqu’il fait écho au monologue de Zeymour et son « grand remplacement » :

Les partis d’extrême droite reprochent aux immigrés d’être « différents ». 

René Girard expliquait qu’à l’image du sentiment amoureux qui fait trouver belle celle que l’on aime parce qu’on l’aime et non parce qu’elle est belle, le racisme a besoin de créer des différences pour comprendre ce que l’on est en désignant ce que l’on n’est pas. 

Le paradoxe cruel est que les immigrés font tout ce qu’ils peuvent, le plus souvent, pour s’intégrer dans la société où ils se sont installés.

J’ai également relevé un passage passionnant sur le terrorisme et particulièrement le djihad, puisqu’il y a quelques mois nous suivions quasiment en direct le procès des attentats du 13 novembre, celui-là même où François Hollande avait été entendu par la cour.

Olivier Roy a proposé une analyse très éclairante de la sociologie des djihadistes. Ils sont souvent issus de la deuxième génération d’immigrés, auxquels s’ajoutent un quart de convertis. Plutôt bien intégrés au début, ils connaissent ensuite une période de petite délinquance, suivie d’une radicalisation en prison. Ce sont des born again : après une vie profane (d’alcool et de filles), ils éprouvent brutalement le besoin d’une pratique religieuse. Le passage au « religieux » se fait en dehors des mosquées et du cadre communautaire. Le djihad est d’ailleurs défini par ses sponsors comme une obligation individuelle. «Le djihad doit être pratiqué par l’enfant même si ses parents refusent. »

Vers la fin du livre, l’essai nous parle de l’addiction à nos smartphone et commande l’humain est en train de changer par rapport à ça !

Bilan, c’est vraiment un essai ultra intéressant et qui touche toutes les classes de la société et n’est donc pas du tout réservé à un lectorat de l’élite Française.

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