Interview de Lionel Cruzille éditeur chez L’achimiste

Bonjour à toutes et à tous,

Aujourd’hui j’inaugure peut-être une nouvelle catégorie sur le blog, l’interview d’éditeur. En effet suite à mon récent partenariat avec les éditions L’alchimiste j’ai eu l’opportunité de préparer des questions auxquelles Lionel Cruzille, également auteur, a gentiment accepté de répondre.

La maison d’édition souhaite faire réfléchir les lecteurs à travers des manuscrits choisi avec soin tout en les proposants à des tarifs abordables

Notre leitmotiv : « L’imaginaire comme questionnement du réel ».

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  • Comment voyez-vous le monde de l’édition ? Comment définiriez-vous le monde de l’édition aujourd’hui ?

Tout d’abord, merci pour cet entretien !  

Ce sont deux vastes questions. Tout dépend si l’on parle de maisons d’édition importantes ou de petites maisons. Je pense que du côté des grosses structures, les enjeux ne sont pas du tout les mêmes. L’état d’esprit non plus mais c’est aussi normal, l’organisation interne n’est pas la même.

Il y a aussi l’aspect de la chaîne du livre en elle-même à laquelle l’éditeur est lié. Par exemple : à quel point la maison d’édition cherche à vendre à tout prix, par la recherche de « l’effet de masse », pour rentabiliser une chaîne du livre un peu absurde entre le nombre important de livres à publier, d’exemplaires à imprimer (plus on imprime, moins c’est cher par exemple), de transporteurs, de libraires à « arroser » en livres – parfois de force – mais aussi en pub de toutes sortes, de hangars à payer (ou de corps de fermes reculés pour bénéficier d’un climat sec) ridiculement gigantesques pour gérer les énormes stocks, etc. Puis, quand le livre n’est plus à la mode (en moins de trois mois), à nouveau les transporteurs sont utilisés pour emmener les livres à leur cimetière : le pilon, soit environ 142 millions de livres par an (chiffre Nouvel Obs en 2017), ce qui est tout même un gros chiffre et rien que pour la France. C’est un quart de la production de livres qui finit détruite. Je n’ai pas les chiffres sur la durée vie d’un livre, mais le chiffre doit être plus élevé encore.

Tout ceci est tout un système hérité, je pense, des heures glorieuses de l’édition et des ventes importantes. Mais aujourd’hui, la production, la distribution, la façon de lire, etc. ont changé. L’émergence de l’impression à la demande et le fait que des géants comme Hachette s’y soient penchés sont des  signes que le vent tourne. Je suis intimement persuadé que, comme dans l’alimentaire par exemple, il nous faut trouver les moyens d’établir une nouvelle chaîne du livre qui soit à la fois pérenne et plus raisonnable tant pour l’environnement qu’en termes de redistribution des gains. Ce sera, je pense, un long chemin…

  • Quels éléments vous poussent à publier un titre plutôt qu’un autre ? 

Il y a le style mais aussi ce qu’on nomme « la petite musique », derrière le texte en lui-même. Il y a aussi le thème, la façon de l’aborder, le rythme aussi. Toutes ces choses poussent à retenir un titre plutôt qu’un autre.

  • Qu’est-ce qui rend, selon vous, un manuscrit publiable ?

C’est une somme de choses, une alchimie (rires). Les grandes lignes seront l’originalité, le style, la structure, l’avancement du manuscrit (en termes de fautes, typographie, maladresses, etc.).

  • Quelles valeurs votre maison défend-elle ? (On se croirait presque dans Harry Potter n’est-ce pas)

(Rires) Je ne sais pas si on défend quelque chose ou si on croit en quelque chose, je pencherai pour la seconde idée. Étant moi-même auteur publié dans plusieurs maisons d’édition, je connais les deux côtés. Je dirais qu’on croit à un partenariat plus proche avec l’auteur, une distribution du livre différente et bien sûr au fait que la lecture puisse contribuer à faire vibrer le cœur des lecteurs, dans quelque domaine que ce soit. Pour nous l’imaginaire, comme les essais, peut contribuer réellement et profondément à faire réfléchir et rêver un lecteur. Des livres de SF (1984, le Meilleur des mondes, La Nuit des temps, etc.) ou de Fantastique, m’ont marqué et m’ont fait cogiter. Je dirais même qu’ils m’ont structuré.

  • Quelles difficultés rencontrez-vous au quotidien ?

En tant qu’éditeur, comme tous les indépendants ou les sociétés, nous sommes soumis à la loi du marché, la rentabilité, les impôts, autrement dit au capitalisme. En une journée, on a l’impression de passer d’un roman magnifique qui plonge dans l’imaginaire puis de redescendre en se disant qu’il va falloir régler les factures. Cela est assez déroutant, pourtant c’est ainsi. Heureusement, nous avons l’élan créatif comme moteur.

L’autre difficulté est de trouver un bon manuscrit sans se perdre dans la masse énorme qu’on reçoit. Pourtant, j’ai le sentiment que lorsque les choses « matchent », c’est comme une rencontre : ça devait se faire. C’est évident. On voit le titre, on est intrigué, on y va, on lit et voilà ! Quand ça marche, les choses sont fluides et ça va ensuite assez vite, sans être précipité. Simplement, les événements coulent d’eux-mêmes.  

  • Pensez-vous que les réseaux sociaux puissent aider dans le monde de l’édition actuel ?

Comme pour bien des thèmes, les réseaux sociaux sont à double tranchant. Je dirais que oui, mais en même temps, il faut se souvenir qu’un écran n’est qu’un écran. Je pense à cela car pour moi réseaux sociaux = web. Or, derrière l’écran, il y a des gens, qui pensent, ressentent, etc. Si nous sommes un tant soit peu lucides, on peut voir que le web est une drôle de planète… Donc, pourquoi pas, mais l’idée est quand même de proposer un livre et non un produit éphémère (sur le web) dont personne ne se souviendra car il sera plus catégorisé dans les sucreries à dévorer sur l’instant que comme une œuvre qui touche le lecteur.    

  • Comme vous n’avez pas de stock, à partir de la demande d’envoi d’un livre par un lecteur en combien de temps le reçoit-il à la maison ?

Nos livres sont effectivement imprimés à la demande et distribués par Hachette Distribution en 48 h. Pour les livres numériques, c’est immédiat (bien entendu). Nous avons d’ailleurs opté pour l’absence de verrou numérique (DRM) et de tatouage.

Les liens officiels de la maison d’édition :

Le site : https://editionslalchimiste.com
La page facebook : https://www.facebook.com/editionslalchimiste/
Le compte twitter : https://twitter.com/Alchimiste_edit
Le compte Instagram : https://www.instagram.com/editionslalchimiste/

Les liens officiels de Lionel Cruzille :

Le site : https://lionelcruzille.com
La page facebook : https://www.facebook.com/lionel.cruzille/
Le compte twitter : https://twitter.com/LionelCruzille
Le compte Instagram : https://www.instagram.com/lionel.cruzille/

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